Sonko consacré citoyen d’honneur de Bouaké : un symbole panafricain

Le 31 mai 2025, Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal, recevait à Bouaké un honneur à haute portée symbolique : celui de citoyen d’honneur de la ville, accompagné du titre traditionnel Nanan Koua Gbêkê II. Un geste rare, venu d’une cité largement implantée par des liens avec le Sénégal, qui dépasse le protocole pour incarner un moment de mémoire partagée, d’unité régionale et de projection panafricaine.
Un accueil en héritage : la scène comme récit
Au cœur de la cérémonie organisée en présence des autorités coutumières, religieuses et municipales, Sonko a reçu les attributs de la ville : pagne baoulé, symboles traditionnels et un nom chargé d’histoire. La foule qui l’a accueilli – Sénégalais d’origine notamment issus de la diaspora, mais aussi Ivoiriens – forme une scène où se rejoue une convergence géographique et culturelle entre Bouaké et Ziguinchor, sa mairie antérieure. La cérémonie a été à la fois un lieu de reconnaissance et un moment de communion affective, tant autour de l’homme qu’autour des idées qu’il incarne.
Le geste politique au service d’un récit panafricain
Bouaké n’est pas une ville neutre : son histoire politique, marquée par des tensions internes et un rôle central durant des périodes de recomposition nationale, transforme cette distinction en message politique. Elle affirme que le projet de Sonko dépasse les frontières sénégalaises : il s’agit d’un leader reconnu pour sa vision d’unité panafricaine, capable d’incarner une ambition régionale au-delà du Sénégal.
Cette distinction venant de Bouaké — ville jumelée à Ziguinchor depuis 2021, avec une avenue dédiée à cette dernière — prolonge un continuum : d’un jumelage municipal à une reconnaissance symbolique de portée internationale.
Signification diplomatique et projection régionale
Le titre de citoyen d’honneur n’est pas une simple marque de courtoisie. Il constitue une affirmation diplomatique non-étatique : un maire et ses notables disent, sans détour, qu’ils estiment Sonko comme l’un des leurs. Ce choix établit une relation affective et politique entre deux villes d’Afrique de l’Ouest, au-delà de la diplomatie formelle.
Sur le plan interne, cette distinction renforce l’image d’un homme fort de son passé local, désormais acteur sur la scène africaine. Elle nourrit une territorialisation symbolique du projet politique sonkien : il n’est plus seulement sénégalais, il est ouest-africain.
Tensions et défis pour l’avenir
Toute institution de cette nature porte sa part de tension. Certains commentateurs ont critiqué cette distinction comme une récupération symbolique sans lien concret avec des réalisations tangibles. L’image peut dépasser les actes, et nourrir une diplomatie d’affichage sans substance, si elle n’est pas suivie de coopérations effectives entre les collectivités ouest-africaines.
Au-delà du symbole, l’enjeu sera de transformer cette reconnaissance en initiatives concrètes : échanges municipaux entre Bouaké et Ziguinchor, coopération culturelle ou économique, participation ivoirienne à des projets panafricains initiés par Sonko.
Une trace historique, un geste bien pesé
Élever Sonko au rang de citoyen d’honneur est un geste rare, chargé de mémoire et de projection. C’est un moment où l’histoire locale rejoint une ambition plus large : celle d’un leadership ouest-africain renouvelé, porté par une figure fédératrice, unie à travers les symboles, les mémoires partagées et les possibles politiques.
Ce geste n’efface d’ailleurs pas ce que Sonko incarne : un regard critique, une rupture avec les systèmes delégitimés, une volonté de recomposition politique. Beau symbole, la distinction de Bouaké offre une matière narrative, si l’action suit la symbolique.