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Sonko et la question du langage politique

Ousmane Sonko

Dans l’histoire politique récente du Sénégal, Ousmane Sonko s’impose comme l’un des rares leaders dont le langage constitue, en lui-même, une forme de rupture. Non pas seulement par les idées qu’il défend, mais par la manière dont il les exprime : un art du verbe qui fait surgir une parole nouvelle dans l’espace public, à la fois tranchante, accessible, dérangeante et structurante. Le langage, chez Sonko, est à la fois outil de confrontation, levier de conscientisation et vecteur de refondation politique.

Une parole ancrée dans la langue populaire

L’un des traits majeurs du discours sonkien est son usage assumé du wolof dans les moments les plus décisifs de ses prises de parole. Ce choix linguistique n’est jamais neutre : il traduit un refus des codes élitistes, une volonté de parler au peuple dans sa langue, avec ses mots, ses images, ses références. Le wolof devient ici une langue de vérité, une langue de justice, une langue de réappropriation.

Mais cette oralité populaire n’exclut pas la rigueur conceptuelle. Sonko jongle avec aisance entre les registres : il peut convoquer les catégories de l’économie politique dans un entretien en français, puis user de proverbes, de métaphores rurales ou de références religieuses dans un meeting en wolof. Cette flexibilité lui permet de créer un pont entre différents univers de sens, et d’opérer une pédagogie politique transversale, qui touche aussi bien les cadres que les ménages.

Une rhétorique de dévoilement

Le discours politique de Sonko se caractérise par sa fonction de dévoilement. Il cherche moins à séduire qu’à révéler : les mécanismes de prédation, les failles de l’État, les logiques de dépendance. Loin des envolées lyriques ou des formules molles de la communication politique classique, sa parole tranche, nomme, accuse. Elle fait sauter les verrous de l’implicite.

Ce faisant, elle assume un risque : celui de l’antagonisme. Car nommer l’ennemi, désigner la compromission, identifier la violence institutionnelle, c’est prendre parti. Sonko ne cherche pas à rassurer tout le monde. Il pose des lignes. Il choisit ses combats. Et son langage reflète cette volonté de cliver, non par goût de la polémique, mais par exigence de clarification.

Un lexique politique repensé

L’un des apports les plus significatifs de Sonko dans le champ politique sénégalais est sa capacité à reconfigurer le lexique politique. Il parle de « souveraineté » dans des termes qui vont au-delà du juridisme, en l’ancrant dans l’économie, l’alimentation, la monnaie, les institutions. Il redonne corps à des mots galvaudés : peuple, justice, système, dignité.

Ce n’est pas un simple effet de style. Il s’agit d’un travail politique fondamental : réinvestir les mots, leur rendre leur densité, leur conflictualité, leur portée transformative. C’est aussi une manière de sortir de la langue molle du consensus, pour affirmer un langage du conflit démocratique, où le désaccord devient structurant.

Le discours comme construction d’un peuple

La parole de Sonko ne se contente pas de décrire un état de fait ou de formuler un programme. Elle construit un sujet collectif. Elle appelle, interpelle, implique. Elle fait exister le peuple comme acteur de l’histoire.

C’est là que réside la force performative de ce langage : il ne dit pas seulement, il fait advenir. En dénonçant les trahisons, en exaltant les vertus de l’intégrité, en nommant la violence symbolique et matérielle du système, Sonko mobilise un imaginaire de redressement. Il ne parle pas au peuple comme une entité abstraite : il parle avec lui, à travers lui, parfois même en son nom — ce qui n’est pas sans poser question, mais qui révèle une ambition politique assumée.

Limites et tensions

Ce langage politique, à la fois frontal et mobilisateur, produit des effets contrastés. Il suscite l’adhésion fervente d’une partie de la population, notamment la jeunesse urbaine. Mais il entraîne aussi des accusations de populisme, de simplification, voire de violence verbale.

Il faut reconnaître que la force du langage de Sonko repose aussi sur une économie de la polarisation : tout langage de rupture, à un moment donné, produit des lignes de division. La radicalité assumée de certaines formules peut heurter, fermer des portes, ou alimenter une perception d’intransigeance.

Mais cette tension n’est pas un accident : elle est inhérente à une stratégie politique fondée sur la transformation, et non sur la gestion de l’existant. Sonko ne veut pas adoucir les contours du système ; il veut les reconfigurer. Et son langage est, à ce titre, le prolongement fidèle de son projet.

Une parole qui engage

Dans un contexte où la parole politique est souvent perçue comme creuse, interchangeable, ou manipulatoire, celle de Sonko détonne. Elle rétablit une certaine gravité du politique : parler, ici, c’est s’engager, prendre position, ouvrir une brèche, risquer quelque chose.

C’est cette densité qui en fait une parole singulière : une parole qui ne vise pas seulement à être entendue, mais à transformer ceux qui l’écoutent. Une parole qui ne cherche pas à apaiser, mais à éveiller. Une parole qui, en dernier ressort, rend la politique à sa fonction première : dire ce qui compte, pour ceux qui comptent.

5 Comments

  • admin

    4 novembre 2024 at 9h26

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    • admin

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      • admin

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