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Sonko Premier ministre : les 15 premiers mois au crible

Ousmane Sonko

Les 15 premiers mois à la tête du gouvernement de Sonko, devenu Premier ministre le 2 avril 2024, constituent une séquence politique hors norme dans l’histoire contemporaine du Sénégal. Non seulement parce qu’ils marquent l’irruption au pouvoir d’une opposition longtemps marginalisée et violemment réprimée, mais aussi parce qu’ils incarnent une tentative rare de concilier radicalité politique, réforme institutionnelle et exigence de résultats dans un contexte économique contraint. Ces quinze mois permettent de passer au crible les promesses initiales, les actes posés, les défis structurels affrontés, mais aussi les tensions croissantes liées à la transition entre posture contestataire et exercice de l’autorité gouvernementale.

L’intérêt de cette période tient autant à la densité des symboles qu’aux effets mesurables de l’action publique engagée. C’est ce que nous allons explorer dans cet article, avec rigueur et exigence.

Conquête symbolique et poids institutionnel

L’arrivée de Sonko marque un tournant : celui d’un tribun devenu chef du gouvernement. Il a personifié la rupture avec l’ancien régime en occupant la fonction exécutive centrale, tout en incarnant l’action de refondation politique. (Wikipedia)

Son équipe a reçu une majorité écrasante aux élections législatives anticipées de novembre 2024, avec 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Sonko a donc la marge politique pour conduire son programme. (Wikipedia)

Réforme des contrats, dette et soutenabilité financière

Un audit des engagements antérieurs a révélé un endettement public inacceptable — près de 100 % du PIB fin 2023, avec une précédente sous‑évaluation du budget de l’ordre de 10 %. Cela a entraîné le gel du programme de l’IMF. (Reuters)

Réponse stratégique : un plan de relance est en cours d’élaboration pour restaurer la confiance des investisseurs tout en affirmant un agenda de souveraineté économique. (Financial Times)

En parallèle, un audit des contrats pétroliers et gaziers a débouché sur des suspensions et résiliations (notamment d’un projet de dessalement) afin de renégocier des termes plus favorables à la nation. (Financial Times)

Justice et impunité : un nouveau ton

Sonko a placé la lutte contre l’impunité au centre de son action, dénonçant ouvertement les violences politiques sous l’ancien régime, y compris celles entraînant une soixantaine de morts entre 2021 et 2024. Il a affirmé publiquement l’intention de ne pas pardonner ces violences, malgré l’amnistie votée auparavant. (Le Monde.fr)

Il a aussi soutenu des enquêtes sur des affaires sensibles et rappelé l’importance d’une justice indépendante, équilibrant rigueur et impartialité. (Le Monde.fr)

Jeunesse, éducation, sport : promesses concrètes

La fusion du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture a été confiée à Khady Diène Gaye, jeune cadre issue de PASTEF. Elle est devenue la première ministre à occuper ce portefeuille et a entamé des réformes sur la charte du sport et l’accès des jeunes aux opportunités professionnelles. (Wikipedia)

Par ailleurs, des programmes de formation professionnelle et des concertations institutionnelles avec les organisations de jeunesse ont été lancés, bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer leur impact réel.

Communication et posture politique

Sonko a transformé l’exercice du pouvoir en conservant une posture politique élevée. Son style combatif et direct perdure : il continue de mobiliser via des vidéos explicatives, des discours en wolof, des appels aux jeunes, voire des critiques frontales contre le président Bassirou Diomaye Faye, y compris sur les absences de soutien face à des attaques personnelles. (africanews.com)

Ses prises de parole ont parfois heurté la ligne institutionnelle classique, soulevant des interrogations sur la cohérence entre parole contestataire et responsabilité gouvernementale.

Crises internes et dissensions au sommet

Des signaux de tension apparaissent entre le Premier ministre et le président. Dans un discours récent, Sonko a affirmé que « le Sénégal n’a pas une crise, mais un problème d’autorité », remettant en cause la stabilité du tandem exécutif. (africanews.com)

Cela soulève la question d’un régime bicéphale instable : la complémentarité entre Faye et Sonko est tout sauf assurée, et pourrait exposer des fractures internes à terme.

Jeune élite, parité et gouvernement

Le gouvernement réuni le 5 avril 2024 comprend 21 hommes et seulement 4 femmes, suscitant une critique claire du manque de féminisation, malgré la nomination de ministres femmes importantes. Des collectifs de féministes ont dénoncé ce déséquilibre. (Wikipedia)

Cela mine la promesse de rupture, notamment dans un pays où la représentation des femmes reste un impératif de justice politique.

Synthèse critique

DomaineSignaux positifsLimites ou fragilités
Économie / fiscalitéAudit et restructuration, discours souverainManque de visibilité sur les résultats immédiats
Justice / impunitéVolonté de rupture avec autoritarisme passéAmbiguïté autour du traitement de l’amnistie, retards dans le traitement des dossiers de justice
Jeunesse / cultureMinistère refondu, premières réformesMise en œuvre incertaine, priorisation limitée
CommunicationProximité, parole directe, rupture symboliqueRisque d’atomisation du pouvoir, polarisation
Relations exécutivesSynergie possible entre les deux têtesTensions croissantes, risque d’instabilité politique

À mi‑parcours, quel bilan ?

Dans ses premiers 15 mois, Sonko a incontestablement marqué les esprits. Il a fait des symboles de la rupture, redéfini la parole du pouvoir, et planté les jalons d’une gouvernance patriote.

Mais l’état des institutions et la complexité réelle des enjeux économiques contraignent la radicalité promise. Faute d’objectifs mesurables à court terme, le diagnostic de dette et le contexte international fragilisent l’action à venir.

Le défi est désormais politique autant que pragmatique : réussir à transformer des atos symboliques en politiques durables, à maintenir la cohérence entre un discours contestataire et des solutions de gestion publique.

Ces quatre trimestres qui viennent seront déterminants. Le plan de relance économique, le renouvellement de l’élite, le rapport au passé judiciaire, la cohésion du duo exécutif et les réformes structurelles dessineront, ou non, une nouvelle trajectoire pour le Sénégal.

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